Lorsque l'on fréquente quelqu'un, vient forcément l'étape nécessaire de la présentation aux amis. Car il est un impératif tacite dans un couple : plaire aux amis de l'autre. Or s'il était évident
que George plairait à mes amies, ma mission s'annonçait plus complexe. George a des amis. Beaucoup d'amis. Mais George avait surtout un ami : Max, son cochon. Oui, George avait un cochon
domestique. Alors à l'heure de la grande opération de séduction des potes, s'est posée une question difficile : comment plaire à un cochon?
Pour les amis humains, c'est un défi somme toute assez simple à relever. Par le passé, je n'ai jamais vraiment rencontré de difficultés. Tout au moins apparentes. Car en réalité, il réside toujours
un doute sur l'honnêteté de l'appréciation de certains, et j'ai déjà connu quelques retournements extravagants parmi les amis de mes ex. Ces amis bienveillants qui squattent chez vous le dimanche
soir, mangent vos victuailles, vous déversent leur vie, et sollicitent une sagesse qui ne réside pas tant dans votre cerveau que dans le fait que vous possédez un utérus. Ils vous sollicitent pour
que vous leur expliquiez, en tant que femme donc, pourquoi Julie ou Mathilde les ont quittés pour d'autres hommes, plus beaux, plus intelligents et plus sympas. Et avec votre psychologie toute
ovarienne (et une diplomatie onusienne), vous les accompagnez, les conseillez, les réconfortez. Et un jour, ces mêmes amis, que vous avez soutenus, nourris, hébergés, divertis et consolés, ces
mêmes amis se portent caution morale contre vous dans la rupture. Et vous vous prenez un magistral coup de baobab quand votre mec vous annonce en vous quittant : "de toutes façons, mes potes
m'avaient prévenu que t'étais une salope". Et là, médusée, vous ne pouvez malgré tout vous empêcher d'admirer l'immensité de l'inconstance humaine. Car il faudra que l'on m'explique par quelle
improbable mutation spontanée passe-t-on de "amie et confidente" à "salope". Me semblait que ces deux statuts ne requéraient pas les mêmes compétences. Non? Mais à un moment, on n'est plus à une
incohérence près.
Bref, encore échaudée de ces déconvenues avec les amis de mes précédents mecs, imaginez si j'ai abordé sereinement l'opération séduction du cochon. Max me tolérait. Car Max n'était pas cochon à
s'en laisser conter. Il était là avant moi et entendait bien faire respecter son ancienneté. Une priorité qu'il ne me serait, cela dit, pas venu à l'esprit de contester. Mais si le cochon est
difficile à charmer, il est intègre et vous savez à quoi vous en tenir avec lui. Quand Max était mécontent, je le savais. Il n'allait pas dans mon dos grogner auprès de son maître, non il réglait
ça directement avec moi. Il faisait caca dans mes escarpins pour me signifier sa désapprobation par exemple. Fait-on plus direct comme message? Non. Mais parfois, derrière le masque impassible du
cochon au caractère assorti, s'éveillait une lueur quand je faisais rire George. Car finalement, nous avions à cœur la même chose, étions mus par un intérêt commun : poser le plus souvent possible
ce sourire chavirant sur le visage de George. Nous avons donc ratifié un accord avec Max : nous ne serions pas des amis, mais des alliés. Et Max, jusqu'à sa mort en décembre dernier, fut un allié
fiable et fidèle.
Alors quand j'entends dire parfois "les hommes sont des cochons", je m'insurge, car je trouve cela insultant pour le peuple porcin. Car chez Max, derrière la boue au bout du groin, l'odeur étrange,
et le caractère de cochon, se cachait finalement un être honnête, intègre et droit dans son jambon. Est-ce que tous les bipèdes bien odorants peuvent en dire autant?
Bises The Blond Power en perdition...